Rapport 2008 Onusida : l'épidémie stabilisée mais des progrès inégaux
L’ONUSIDA vient de publier son rapport sur l’épidémie mondiale. Comme chaque année, les résultats laissent un goût amer : si la prévention et l’accès aux soins à travers le monde a progressé, l’épidémie n’est nulle part enrayée.
Le rapport 2008 de l’ONUSIDA, programme des nations unies contre le VIH/SIDA, montre des avancées significatives (moins de décès, moins de nouvelles infections…) mais l’épidémie est loin d’être jugulée. Actuellement, on estime à 33 millions le nombre de personne vivant avec l’infection.
L’épidémie de sida dans le monde
Le nombre de décès attribuables aux maladies liées au VIH est de 2 millions, dont 275 000 enfants. Bien que ces chiffres restent alarmants, ils témoignent d’une amélioration de la situation. C’est la deuxième année consécutive que le nombre de décès attribuables au sida est en baisse, après une hausse continue pendant plus de 20 ans. De plus, le nombre de nouvelles infections est passé de 3 millions en 2001 à 2,7 millions en 2007.
En Afrique Subsaharienne, région où l’infection est la plus importante, les épidémies nationales semblent s’être stabilisées. Dans certains pays, l’infection semble marquer le pas. En Ethiopie, le nombre de séropositifs est passé d’environ 12,5 % de la population en 1997 à 9 % en 2005.
Mais ces progrès ne sont pas uniformes. En effet, les taux d’infection augmentent dans de nombreux pays : la Chine, la Fédération de Russie, le Kenya, la Papouasie Nouvelle Guinée… Enfin, les pays industrialisés ne sont pas épargnés : l’ONUSIDA note une hausse du nombre d’infections nouvelles en Allemagne, en Australie ou au Royaume-Uni.
Dans le monde, près de 7 500 personnes dans le monde sont infectées par le VIH chaque jour.
Une politique de prévention en demi-teinte
Le rapport de l’ONUSIDA met aussi l’accent sur le changement de mentalité des populations dans les pays les plus touchés par l’épidémie. Ainsi, le recours au préservatif augmente parmi les jeunes à partenaires multiples. Le changement des pratiques sexuelles serait à l’origine d’une réduction des nouvelles infections au Rwanda et au Zimbabwe. Selon le rapport, l’accroissement de l’âge du premier rapport sexuel constituerait le témoin (indirect ?) d’un changement positif des comportements. Au Cameroun, le pourcentage de jeunes ayant eu des rapports avant 15 ans est passé de 35 % à 14 %. Même constat dans les 7 pays les plus atteints : le Burkina Faso, le Cameroun, l’Ethiopie, le Ghana, le Malawi, l’Ouganda et la Zambie.
En revanche, les politiques de prévention semblent moins efficaces pour les populations à risque malgré un effort notable depuis 2005. Les homosexuels masculins, les professionnel(le)s du sexe ainsi que les consommateurs de drogue injectable seraient touchées de manière “disproportionnée“ par l’épidémie. En cause : principalement des discriminations d’accès aux soins. Les thérapies de substitutions aux drogues nécessaires au bon déroulement d’un traitement contre le VIH sont par exemple interdites dans certains pays comme en Europe Orientale ou en Asie de Sud.
Pourtant, comme le souligne le Docteur Obaid, directrice exécutive des Fonds des Nations Unies pour la Population : “la connaissance de l’épidémie et le choix de la bonne combinaison d’interventions sont des éléments critiques pour une riposte efficace“. Une politique qui semble avoir fonctionné en Thaïlande. Dans ce pays, le principal mode de transmission était le commerce du sexe et la consommation de drogues, il tend aujourd’hui à se concentrer parmi les couples mariés.
Un accès au traitement amélioré
Aujourd’hui, près de 3 millions de personnes ont accès à un traitement antirétroviral dans les pays à faibles et moyens revenus, soit une multiplication par dix en 6 ans. Plus concrètement, le Cambodge a par exemple fait passer ce taux de traitement de 14 % en 2004 à 88 % en 2007 ; la Namibie de 1 % en 2003 à 88 % en 2007. Les femmes sous traitement sont plus nombreuses que les hommes.
Autre facette importante : une plus grande prévention de la transmission de la maladie de la mère à l’enfant. Entre 2005 et 2007, elle est passée de 14 à 35 %, ce qui a entraîné une chute drastique des nouvelles infections chez l’enfant dans la même période (de 410 000 à 370 000). Des chiffres qui montrent que l’engagement de certains gouvernements a porté ses fruits. Le Directeur exécutif de l’ONUSIDA, le Dr Peter Piot, s’est refusé à l’autosatisfaction, et a déclaré que “les gains de vie sauvées grâce à la prévention d’infections nouvelles et à la prise en charge des personnes vivant avec les VIH devaient être poursuivis sur le long terme“. En effet, malgré ces résultats encourageants, le sida reste la principale cause de mortalité en Afrique.
Pour l’avenir, l’ONUSIDA prône donc une prise en charge à long terme de l’épidémie, qui ne doit pas être détachée de la réduction de la pauvreté et des problèmes de l’inégalité dans l’éducation. Encore faut-il que derrière ces déclarations de bonnes intentions, le financement des bailleurs de fonds soit au rendez-vous. La plupart des pays riches n’ont pas tenu leurs engagements de consacrer 0,7 % de leur PIB à des projets de développement. En 2005, seuls 5 pays ont répondu présents : Danemark, Luxembourg, Suède, Norvège et Pays-Bas. Mais lors de son dernier sommet au Japon, le G8 est aussi tombé d’accord pour honorer pleinement ses engagements à continuer d’oeuvrer vers l’accès universel à la prévention et au traitement de l’infection au VIH d’ici 2010…
Sébastien CuvierSource : Rapport de l’ONUSIDA – 29 juillet 2008Click Here: cheap sydney roosters jersey